« Sans adieu » : derniers vestiges du monde paysan d’antan

 

« Sans adieu » : derniers vestiges du monde paysan d’antan

 

1 affiche film sans adieu 2017

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Sans adieu est un documentaire posthume, qui nous est donc adressé depuis ce drôle de lieu qu’est la mort. Christophe Agou, photographe français installé aux Etats-Unis et réputé, entre autres, pour ses séries sur le métro new-yorkais (Life Below) ou sur les ruines du 11-Septembre (Ground Zero), travaillait à partir de 2002 à la réalisation de son premier long-métrage pour le cinéma. En septembre 2015, pendant les dernières retouches du montage, il mourait à l’âge de 45 ans des suites d’un cancer, sans avoir assisté à la divulgation de cette œuvre poignante.

Roue cine

Bande annonce du film

https://www.youtube.com/watch?time_continue=4&v=53zP5mKUDfI

3 un paysan film de christophe agou

Sans adieu n’est pas sans rapport avec le travail photographique d’Agou, puisqu’il s’inscrit dans la continuité d’une monographie, Face au silence (Actes Sud, 2010), consacrée à un monde paysan en voie de disparition. Le film est le fruit des visites successives que Christophe Agou a rendues, entre 2002 et 2012, à de ­petits exploitants agricoles du ­Forez, en Auvergne, région dont il est lui-même originaire. Claudette, 75 ans, qui vit parmi les poules et vitupère à longueur de temps contre les services sociaux pour ne pas vendre sa ferme à n’importe qui. Jean-Clément, qui voit son troupeau embarqué de force à l’abattoir, par mesure de prévention contre la vache folle. Christiane, traquée par un hiver mordant dans une demeure ébréchée. Raymond, qui ne se remet pas de la mort de son frère. En dépeignant les conditions de vie de ces gens, le film en expose l’isolement, le délabrement, l’abandon. Ils sont les derniers vestiges d’un mode de vie immuable, balayé par les réglementations extérieures, la concurrence des grandes exploitations, la loi du marché.

Corps vieillis, brisés, usés

A première vue, le film de Chris­tophe Agou s’inscrit dans une prolifique tradition documentaire ­consistant à recueillir les traces d’une paysannerie déclinante, et dont le modèle canonique serait Farrebique (1946), de Georges Rouquier (qui ressort simultanément en copie restaurée). Si prolifique, d’ailleurs, qu’elle a fini par virer au cliché. Pourtant, Sans adieu ne reprend pas à son compte ce motif de déploration mélancolique, mais lui substitue une forme de pessimisme actif et vigoureux. En effet, si Agou filme cette désolation rurale, c’est bel et bien com­me un théâtre de l’absurde, dont le tableau noir et désespéré n’exclut pas, bien au contraire, une forme d’humour vital.

Car que voit-on, finalement ? Des corps vieillis, brisés, usés, qui se ­retrouvent aux prises avec des ­fermes trop grandes, et dont ils ne peuvent plus assumer les travaux quotidiens ni l’entretien ordinaire. Les lieux de vie deviennent des cavernes envahies d’objets amoncelés et de détritus, les exploitations de grands chaos de boue, de rouille et de calamine, où les animaux s’ébattent en liberté. Au milieu de cela, la pauvre figure humaine, terrée, hirsute, enfouie, semble attendre la mort dans un sursaut de ­colère et d’impatience. Comme Colette, dont les coups de sang en dialecte forézien saturent ponctuellement la bande-son. De ces éclats de voix et de cette existence ramenée à des données élémentaires, le film tire des accents ­beckettiens (on pense beaucoup au Dépeupleur), voire parfois céliniens (cette parole fulminante des paysans, roulant en continu comme un monologue intérieur).

Gestes sidérants

La caméra légère et mobile de Christophe Agou s’immisce dans les recoins et interstices de cet univers ravagé, fait d’espaces encombrés, recroquevillés, enchâssés et pourtant cernés par le vide (vide des pouvoirs publics, de l’assistance, des services). L’image est singulièrement attachée aux matières sombres, sévères, élémentaires de la campagne sombrant dans l’automne : brume, boue, crasse, poussière, paille, etc. Cette proximité sidérante est due en grande partie à la confiance que les paysans accordent au réali­sateur, qui les filme comme s’il faisait partie de la maison.

Le tableau noir et désespéré n’exclut pas, bien au contraire, une forme d’humour vital

Le film se gonfle alors de tout ce qui n’est pas filmé, c’est-à-dire de la relation au long cours qui engage le cinéaste auprès de ses personnages. Ce qui lui permet de capter une foule de gestes sidérants, dont Sans adieu est constellé tout du long. Comme Claudine se réveillant parmi les poules dans la voiture délabrée qui lui sert de dortoir. Comme Jean-Clément qui tient à assister à l’enlèvement de ses vaches et agrippe au moment fatidique la main de sa femme, les deux s’accrochant l’un à l’autre pour ne pas s’écrouler devant le désastre. Un grand film, ce n’est peut-être que cela : la captation miraculeuse d’un geste inoubliable par lequel s’engouffrent tout le chaos et la discorde des émotions humaines.

Documentaire français de Christophe Agou. (1 h 39) Sur le web : www.new-story.eu/films/sans-adieu/

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Le documentaire posthume du photographe Christophe Agou montre au plus près l’isolement de petits exploitants du Forez.

LE MONDE | 25.10.2017 à 08h37 • Mis à jour le 25.10.2017 à 16h22 | Par Mathieu Macheret

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/25/sans-adieu-derniers-vestiges-du-monde-paysan-d-antan_5205536_3476.html

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Article Le Progrès mercredi 25 octobre 2017

Loire Le documentaire sur la condition des paysans du Forez sort en salles

Plébiscité par la critique, "Sans Adieu", le film posthume de Christophe Agou, sort au cinéma ce mercredi 25 Octobre 2017.

Parti vivre à New York, cet enfant de Montbrison revenait régulièrement dans la campagne de son enfance pour se ressourcer.

Il n’en oubliait pas pour autant son réflexe, saisir ces vieux petits paysans d’une autre époque, agriculteurs de père en fils ou fille. Telle Claudette, 75 ans. En conflit avec la banque, l’administration, la société, et son chien Titi, elle ne l’était pas avec Christophe Agou. À chaque fois qu’une de ses visites prenait fin, elle lui glissait un «sans adieu» pour lui dire au revoir.

Pendant une quinzaine d’années, ce photographe a capté, dans les paysages du Forez, le quotidien de Jean, Raymond, des propriétaires désabusés pour qui le bonheur n’était pas vraiment dans le pré. Ces portraits ont nourri un recueil de clichés, sorti en 2010. Cet ouvrage retiendra l’attention de Pierre Vinour, producteur, qui suggéra alors de porter à l’écran ces rencontres avec ces éleveurs. Deux jours après avoir bouclé le gros du montage, deux heures de pellicule, Christophe sera emporté par un long sommeil. Il avait 45 ans.

Pierre Vinour et sa coproductrice se retrouvent seuls pour faire exister le film. Des difficultés, il y en aura beaucoup dans la vie de "Sans Adieu", administratives, financières. Ce sont des privés, des entreprises, qui injecteront de l’argent dans le film. Dévoilé en mai dernier à Cannes à l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, ce documentaire a suscité l’enthousiasme des critiques.

http://www.leprogres.fr/loire-42/2017/10/25/le-documentaire-sur-la-condition-des-paysans-du-forez-sort-en-salles

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Christophe Agou

En septembre 2015, pendant les dernières retouches du montage, il mourait à l’âge de 45 ans des suites d’un cancer, sans avoir assisté à la divulgation de cette œuvre poignante.

2 christophe agou

« J’ai réalisé que nous ne serions jamais plus aussi proches de la nature »

Exposition. Le photographe Christophe Agou, originaire de Montbrison, vit à New York, et expose jusqu’au 29 avril au Musée d’art de Clermont-Ferrand.

Parlez-nous de votre itinéraire peu commun entre le Forez et New-York…

Je suis arrivé à New York le 25 mars 1992 avec des rêves, un appareil photo et 500 dollars en poche. J’avais 22 ans et je suis tombé amoureux de la « ville debout », comme l’a qualifiée Céline dans son Voyage au bout de la nuit.

J’ai développé une passion pour la photographie. Photographier chaque jour, avant et après mes heures de travail, comme garçon de café, est vite devenu une nécessité. Les rues de New-York sont le théâtre de la vie quotidienne, et les passants en sont les acteurs énigmatiques.

Comment vit-on dans cette cité mondiale où tout est démesuré ?

New York est un immense mystère. Cette ville est pour moi un espace de liberté et un lieu propice à photographier la vie quotidienne…

Quelle est votre activité actuellement ?

Je me suis engagé dans une nouvelle aventure, dont j’ignore, à nouveau, l’issue et même les limites…

Je souhaite réaliser un film documentaire.

Je reviens dans mon pays d’enfance, le Forez, pour y filmer la mémoire et le présent d’hommes et de femmes qui restent attachés à leurs collines, leurs « bêtes », leur mode de vie…

Au fond de cette campagne du Massif central, et loin d’un monde où tout va trop vite, la vie semble être calme, mais les préoccupations se lisent sur les visages.

Comment êtes-vous venu à la photographie ? Quel a été le déclic ?

Le voyage et les rencontres… Le déclic a été New York. La photographie est pour moi une interrogation, un échange et un langage.

Je me confronte au réel afin de m’interroger sur la véritable nature de l’homme, son inconscient, son rapport au monde qui l’entoure et son destin.

Vos photos montrent que le Forez est riche de ses habitants…

Loin du cynisme de la ville, j’ai rencontré des hommes et des femmes aux caractères tranchés, et toujours attachés à leur terroir, là où sont nés et morts leurs aïeux. J’ai retrouvé un monde qui allait à une autre allure et j’ai réalisé que nous ne serions jamais plus aussi proches de la nature que les générations qui nous ont précédés, l’ont été.

Après votre exposition, le Musée d’art clermontois va présenter des études inédites de Géricault. Vous voilà parmi les classiques…

Je ne savais pas que le musée allait présenter des études inédites de Géricault.

Propos recueillis par Jean-Jacques Arène

http://www.leprogres.fr/art-et-culture/2012/02/14/j-ai-realise-que-nous-ne-serions-jamais-plus-aussi-proches-de-la-nature

Page publiée le 26 Octobre 2017

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